Acousmate de Guillaume Apollinaire

Acousmate de Guillaume Apollinaire
Paix sur terre aux hommes de bonne volonté
Les maris voudraient agir l'outil n'a pas de manche
Sur les doigts de cet homme on voit des taches d'encre
Les hommes et les FEMMES sont tous insermentés

Les bergers écoutaient ce que disaient les anges
Leurs âmes s'apaisaient comme un midi d'été
Les bergers comprenaient ce qu'ils croyaient entendre
Car ils savaient déjà tout ce qu'ils écoutaient

Sur cette assiette Hélas ! j'aperçois trois chiures
Mais presque toutes les mouches sont mortes de froid
Car c'est l'hiver oui mon vieux ça va bien ça va même très bien
Ces pâtres sachant qu'un enfant venait de naître
Près de là
Sur ce coup de minuit d'un jour alcyonien
Se mirent tous en route au son de leurs musettes
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# Posté le jeudi 01 janvier 2009 14:42

L'héritage des nations de Charles PEGUY (1873 - 1914)

L'héritage des nations de Charles PEGUY (1873 - 1914)
Les pas des légions avaient marché pour lui,
Les voiles des bateaux pour lui s'étaient gonflées.
Pour lui les grands soleils d'automne avaient lui.
Les voiles des bateaux pour lui s'étaient pliées.

Les éléphants d'Afrique avaient marché pour lui
Du fin fond des déserts jusqu'aux portes de Rome.
Et pour lui les soleils d'Israël avaient lui,
Du haut du Sinaï jusqu'au fin fond de l'homme.

Et les pas d'Alexandre avaient marché pour lui
De son jeune berceau jusqu'à sa jeune mort.
Il était le seigneur de l'un et l'autre port.
Il était le seigneur d'hier et d'aujourd'hui.

Et les pas de César avaient marché pour lui
Du fin fond de la Gaule aux rives de Memphis.
Tout homme aboutissait aux pieds du divin fils.
Et il était venu comme un voleur de nuit.

Les rêves de Platon avaient marché pour lui
Du cachot de Socrate aux prisons de Sicile.

Les soleils idéaux pour lui seul avaient lui
Et pour lui seul chanté le gigantesque Eschyle.

Il allait hériter d'un monde déjà fait,
Et pourtant il allait tout jeune le refaire.

Il allait procéder de la cause à l'effet
Comme le Fils procède en descendant du Père.

# Posté le dimanche 30 décembre 2007 05:17

La nuit avant Noël de Clément CLARKE MOORE (1779-1863)

La nuit avant Noël de Clément CLARKE MOORE (1779-1863)
C'était la nuit de Noël, un peu avant minuit,
A l'heure où tout est calme, même les souris.

On avait pendu nos bas devant la cheminée,
Pour que le Père Noël les trouve dès son arrivée.

Blottis bien au chaud dans leurs petits lits,
Les enfants sages s'étaient déjà endormis.

Maman et moi, dans nos chemises de nuit,
Venions à peine de souffler la bougie,

Quand au dehors, un bruit de clochettes,
Me fit sortir díun coup de sous ma couette.

Filant comme une flèche vers la fenêtre,
Je scrutais tout là haut le ciel étoilé.

Au dessus de la neige, la lune étincelante,
Illuminait la nuit comme si c'était le jour.

Je n'en crus pas mes yeux quand apparut au loin,
Un traîneau et huit rennes pas plus gros que le poing,

Dirigés par un petit personnage enjoué :
C'était le Père Noël je le savais.

Ses coursiers volaient comme s'ils avaient des ailes.
Et lui chantait, afin de les encourager :
" Allez Tornade !, Allez Danseur ! Allez , Furie et Fringuant !
En avant Comète et Cupidon ! Allez Eclair et Tonnerre !
Tout droit vers ce porche, tout droit vers ce mur !
Au galop au galop mes amis ! au triple galop ! "

Pareils aux feuilles mortes, emportées par le vent,
Qui montent vers le ciel pour franchir les obstacles ,
Les coursiers s'envolèrent, jusqu'au dessus de ma tête,
Avec le traîneau, les jouets et même le Père Noël.

Peu après j'entendis résonner sur le toit
Le piétinement fougueux de leurs petits sabots.

Une fois la fenêtre refermée, je me retournais,
Juste quand le Père Noël sortait de la cheminée.

Son habit de fourrure, ses bottes et son bonnet,
Etaient un peu salis par la cendre et la suie.

Jeté sur son épaule, un sac plein de jouets,
Lui donnait l'air d'un bien curieux marchand.

Il avait des joues roses, des fossettes charmantes,
Un nez comme une cerise et des yeux pétillants,

Une petite bouche qui souriait tout le temps,
Et une très grande barbe d'un blanc vraiment immaculé.

De sa pipe allumée coincée entre ses dents,
Montaient en tourbillons des volutes de fumée.

Il avait le visage épanoui, et son ventre tout rond
Sautait quand il riait, comme un petit ballon.

Il était si dodu, si joufflu, cet espiègle lutin,
Que je me mis malgré moi à rire derrière ma main.

Mais d'un clin d'oeil et d'un signe de la tête,
Il me fit comprendre que je ne risquais rien.

Puis sans dire un mot, car il était pressé,
Se hâta de remplir les bas, jusqu'au dernier,
Et me salua d'un doigt posé sur l'aile du nez,
Avant de disparaître dans la cheminée.

Je l'entendis ensuite siffler son bel équipage.

Ensemble ils s'envolèrent comme une plume au vent.

Avant de disparaître le Père Noël cria :
" Joyeux Noël à tous et à tous une bonne nuit " ~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~
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'Twas the night before Christmas, when all through the house
Not a creature was stirring, not even a mouse;

The stockings were hung by the chimney with care,
In hopes that St. Nicholas soon would be there;

The children were nestled all snug in their beds,
While visions of sugar-plums danced in their heads;

And mamma in her 'kerchief, and I in my cap,
Had just settled down for a long winter's nap,

When out on the lawn there arose such a clatter,
I sprang from the bed to see what was the matter.

Away to the window I flew like a flash,
Tore open the shutters and threw up the sash,

The moon on the breast of the new-fallen snow
Gave the lustre of mid-day to objects below,

When what to my wondering eyes should appear,
But a miniature sleigh, and eight tiny reindeer,

With a little, old driver so lively and quick,
I knew in a moment it must be St. Nick.

More rapid than eagles his coursers they came,
And he whistled, and shouted, and called them by name;

"Now, Dasher! Now, Dancer! Now, Prancer and Vixen
On, Comet! On, Cupid! On, Donder and Blitzen!

To the top of the porch! To the top of the wall!
Now dash away! Dash away! Dash away all!"

As dry leaves that before the wild hurricane fly,
When they meet with an obstacle, mount to the sky,

So up to the house-top the coursers they flew,
With a sleigh full of toys, and St. Nicholas, too.

And then, in a twinkling, I heard on the roof
The prancing and pawing of each little hoof.

As I drew in my head, and was turning around,
Down the chimney St. Nicholas came with a bound.

He was dressed all in fur, from his head to his foot,
And his clothes were all tarnished with ashes and soot;

A bundle of toys he had flung on his back,
And he looked like a peddler just opening his pack.

His eyes, how they twinkled! His dimples how merry!
His cheeks were like roses, his nose like a cherry!

His droll little mouth was drawn up like a bow,
And the beard on his chin was as white as the snow;

The stump of a pipe he held tight in his teeth,
And the smoke it encircled his head like a wreath;

He had a broad face and a little round belly,
That shook when he laughed like a bowlful of jelly.

He was chubby and plump, a right jolly old elf,
And I laughed when I saw him, in spite of myself;

A wink of his eye and a twist of his head,
Soon gave me to know I had nothing to dread;

He spoke not a word, but went straight to his work,
And filled all the stocking; then turned with a jerk,

And laying his finger aside of his nose,
And giving a nod, up the chimney he rose;

He sprang to his sleigh, to his team gave a whistle,
And away they all flew like the down of a thistle.

But I heard him exclaim, ere he drove out of sight,

Happy christmas to all and to all a good night



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# Posté le dimanche 30 décembre 2007 05:04

Le désir d'Anatole FRANCE (1844 - 1924)

Le désir d'Anatole FRANCE (1844 - 1924)
Je sais la vanité de tout désir profane.
A peine gardons-nous de tes amours défunts,
Femme, ce que la fleur qui sur ton sein se fane
Y laisse d'âme et de parfums.

Ils n'ont, les plus beaux bras, que des chaînes d'argile,
Indolentes autour du col le plus aimé ;
Avant d'être rompu leur doux cercle fragile
Ne s'était pas même fermé.

Mélancolique nuit des chevelures sombres,
A quoi bon s'attarder dans ton enivrement,
Si, comme dans la mort, nul ne peut sous tes ombres
Se plonger éternellement ?

Narines qui gonflez vos ailes de colombe,
Avec les longs dédains d'une belle fierté,
Pour la dernière fois, à l'odeur de la tombe,
Vous aurez déjà palpité.

Lèvres, vivantes fleurs, nobles roses sanglantes,
Vous épanouissant lorsque nous vous baisons,
Quelques feux de cristal en quelques nuits brûlantes
Sèchent vos brèves floraisons.

Où tend le vain effort de deux bouches unies ?
Le plus long des baisers trompe notre dessein ;
Et comment appuyer nos langueurs infinies
Sur la fragilité d'un sein ?


Recueil : Les poèmes dorés
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# Posté le mardi 01 mai 2007 04:41

Bouche dont la douceur m'enchante doucement ... de Catherine DES ROCHES (1542 - 1587)

Bouche dont la douceur m'enchante doucement ... de Catherine DES ROCHES (1542 - 1587)
Bouche dont la douceur m'enchante doucement
Par la douce faveur d'un honnête sourire,
Bouche qui soupirant un amoureux martyre
Apaisez la douleur de mon cruel tourment !

Bouche, de tous mes maux le seul allégement,
Bouche qui respirez un gracieux zéphyr(e) :
Qui les plus éloquents surpassez à bien dire
A l'heure qu'il vous plaît de parler doctement ;

Bouche pleine de lys, de perles et de roses,
Bouche qui retenez toutes grâces encloses,
Bouche qui recelez tant de petits amours,

Par vos perfections, ô bouche sans pareille,
Je me perds de douceur, de crainte et de merveille
Dans vos ris, vos soupirs et vos sages discours.

# Posté le mardi 01 mai 2007 04:38